
La ligne entre science et art se fait de plus en plus mince aujourd'hui.
Certains artistes comme Eduardo Kac utilisent els modifications génétiques afin de créer de nouvelles formes de vie...qui n'a pas entendu parler de son lapin fluorescent?
D'ates, commes Setlarc, concoivent plutôt le corps comme un objet qu'il faut constamment améliorer par la technologie ou encore pousser à bout se ses limites.
Voici quelques informations et des articles intéressants qui mettent en lien l'art transgénique et le body art avec le transhumanisme.
DÉFINIR LA BIO-ART
Bio-art
Le bio-art décrit une évolution récente de l'art contemporain, prenant pour medium les ressources plastiques offertes par les biotechnologies. Culture de tissus vivants, modifications génétiques (Eduardo Kac), morphologiques (Marta de Menezes), constructions biomécaniques (Symbiotica) ont toutes été exploitées par des artistes qui s'approprient des techniques et des thèmes de réflexion très controversés aujourd'hui.
Ces expérimentations sont parfois en relation avec le propre corps de l'artiste (culture de sa propre peau, projet de transfusion de sang de panda rendu compatible...), et mettent à nu les peurs traditionnellement inspirées par la technologie.
Situé dans une zone turbulente de l'évolution technologique, le bio-art est confronté à des questionnements fondamentaux sur la nature et la place de l'humain dans le monde ; la science-fiction, l'émergence du "post-humain" y sont des aliments récurrents.
Le bio-artiste le plus connu est sans doute Eduardo Kac, dont la « création » de la lapine Alba avec l'INRA a été très médiatisée.
Article 1
Initialement publié dans Leonardo Electronic Almanac (ISSN 1071-4391), Volume 6, Number 11, 1998. En français dans: Interfaces et sensorialité, Louise Poissant, org., Montreal, Groupe de recherche en arts mediatiques, Presses de l'Université du Québec, 2003, p. 175.
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L’ART TRANSGÉNIQUE
Eduardo Kac
Les nouvelles technologies engendrent une mutation de notre perception du corps humain de sorte qu’il n’est plus perçu comme un système naturel, autorégulateur, mais comme un objet controlé artificiellement et transformé électroniquement. Les modifications apportées par les technologies du numérique à l’apparence du corps (et non du corps lui-même) révèlent clairement la plasticité identitaire du corps, autant dans ses nouveaux aspects que dans ses configurations diverses. Nous observons régulièrement ce phénomène dans les représentations médiatiques de corps idéalisés ou imaginaires, dans les incarnations de la réalité virtuelle et dans les projections en réseau de corps véritables (incluant les avatars). Des développements parallèles dans le domaine des technologies médicales, telles la chirurgie plastique et les neuro-prothèses, nous ont finalement permis d’étendre cette plasticité immatérielle à des corps réels. La peau n’est plus la barrière immuable qui contient et définit le corps dans l’espace, elle devient plutôt le site de transmutations continuelles. Alors que nous tentons de faire face aux vertigineuses conséquences de ce processus, il urge aussi que nous abordions la problématique de l’émergence de biotechnologies sous-cutanées (ou même contenues à l’intérieur de corps sans peau, telle la bactérie) et, par conséquent, situées hors de la vue. L’art ne doit pas que rendre visible l’invisible, mais nous rendre plus conscients de ce qui existe au-delà de la vue et qui nous touche néanmoins de façon directe. Deux des plus importantes technologies qui opèrent au-delà de la vue sont les implants numériques et le génie génétique. Ces technologies auront de profondes conséquences dans le domaine de l’art ainsi que dans la vie sociale, médicale, politique et économique du siècle à venir.
Je suggère que l’art transgénique est une nouvelle forme d’art basée sur le recours aux techniques de l’ingénierie génétique afin de transférer des gènes synthétiques aux organismes, ou de transférer du matériel génétique naturel d’une espèce à une autre, le tout dans le but de créer des être vivants inédits [1]. La génétique moléculaire permet à l’artiste d’organiser les génomes végétal et animal et de créer ainsi de nouvelles formes de vie. L’essence de cette nouvelle forme d’art est définie non seulement par la genèse et la croissance d’une nouvelle plante ou d’un nouvel animal, mais surtout par la nature de la relation entre l’artiste, le public et l’organisme transgénique. Étant donné qu’au moins une espèce en voie d’extinction disparaît à jamais quotidiennement [2], je suggère que les artistes puissent contribuer à accroître la biodiversité globale en inventant de nouvelles formes de vie. Il n’y a pas d’art transgénique possible sans responsabilité et sans engagement ferme envers la nouvelle forme de vie ainsi créée. Les considérations d’ordre éthique sont d’importance primordiale dans le cas de toute œuvre d’art et elles deviennent d’autant plus décisives dans le contexte de l’art biologique. Du point de vue de la communication entre les espèces vivantes, l’art transgénique exige une relation dialogique entre l’artiste, la créature et ceux qui entrent en contact avec elle.
De tous les mammifères domestiques usuels, le chien est celui qui se prête le mieux à une relation de ce genre; il n’est pas égocentrique, il est empathique et il est souvent sujet à des interactions sociales extroverties [3]. De là, mon travail en cours intitulé GFP K-9. GFP (Green Fluorescent Protein) réfère à la protéine fluorescente verte, isolée de la méduse du nord-ouest pacifique Aequorea Victoria, qui émet une brillante lumière verte lorsque exposée à un rayonnement ultra-violet ou à de la lumière bleue [4]. La GFP de l’aequorea absorbe la lumière de façon maximale à 395 nm et son émission spectrale fluorescente atteint son apogée à 509 nm. La protéine fluorescente verte (GFP) est indépendante de l’espèce de l’organisme qui l’accueille et ne nécessite aucune protéine ou substrat additionnel pour l’émission de sa lumière, elle est absolument innofensive pour le chien. La GFP subsiste dans divers organismes et cellules hôtes tels leE. coli, la levure et les cellules animales et végétales [5]. Une variante de la GFP, la GFPuv, est 18 fois plus brillante que la GFP régulière et peut facilement être décelée à l’œil nu lorsque excitée par un rayonnement ultra-violet standard, de grande longueur d’onde. Le canin GFP K-9* (que j’appelle affectueusement «G») sera doté d’une personnalité littéralement colorée et deviendra un membre de ma famille. Sa création n’est peut-être qu’à des années ou à des décennies puisqu’il reste plusieurs étapes à franchir, dont la cartographie du génome canin. Ce génome contient environ 100,000 gènes [6]. Une recherche commune est néanmoins en cours afin de cartographier ce génome, ce qui permettra éventuellement d’effectuer un travail de précision au niveau de la morphologie et du comportement canin. Indépendamment de l’altération subtile du phénotype, soit la légère variation de la couleur de son pelage, le canin GFP K-9 mangera, dormira, s’accouplera, jouera et interagira normalement avec ses congénères ainsi qu’avec les humains. Il sera aussi l’ancêtre d’une nouvelle lignée transgénique.
Le projet GFP K-9 semble à prime abord sans précédent, pourtant l’humain a bien créé le chien, il y a de celà au-moins 15,000 ans [7]. En fait, l’existence même du chien domestique tel que nous le connaissons aujourd’hui, dans ses 150 races reconnues officiellement, résulte probablement des croisements sélectifs opérés par les humains sur des loups adultes qui ont conservé des traits immatures (processus aussi appelé «néoténie»). Les similitudes d’ordres physionomique et comportementale entre le loup immature et le chien adulte sont remarquables. Aboyer, par exemple, est typique du chien adulte mais non du loup adulte. La tête du chien est plus petite que celle du loup et ressemble plutôt à celle du loup immature. Parmi les faits qui corroborent à cette théorie, un des plus significatifs est que le chien peut être croisé avec le loup. Après des siècles d’élevage sélectif, un point décisif est atteint vers 1850 alors que le chien d’exposition est apprécié pour sa seule apparence visuelle. La recherche de nouvelles races et de l’uniformité visuelle ont mené au concept de race pure et à la création de différents groupes de chiens initiateurs de lignées. Cette pratique nous est encore connue, on lui doit l’existence de nombreux chiens domestiques. Les résultats du contrôle génétique des éleveurs de chiens sont fièrement présentés dans la presse spécialisée. Un coup d’œil rapide sur ce marché nous fait voir des annonces pour des bouledogues «conçus [engineered] pour la protection,» des mastifs ayant «un programme soigné d’élevage génétique», des dogos dotés de «sang exclusif» et des dobermans ayant un «plan génétique unique». Les éleveurs n’en sont pas encore à écrire le code génétique de leurs chiens, mais ils les lisent et les enregistrent certainement. Le American Kennel Club, par exemple, offre un programme de certification de l’ADN afin de régler les questions d’identification et de parenté des races pures.
Si la création du chien est une vieille histoire, notre recours à des espèces hybrides, quoique plus récent, est tout aussi intégré à notre expérience du quotidien. Un cas exemplaire nous est donné par le travail d’un célèbre scientifique, le botaniste Luther Burbank (1849-1926), inventeur de plusieurs fruits, plantes et fleurs [8]. On lui doit le développement de la pomme de terre «Burbank» (ou «Idaho») en 1871. En raison de son faible taux d’humidité et de sa grande concentration de féculents, elle possède d’excellentes qualités pour la cuisson au four ainsi que pour la friture. Depuis l’avènement de la «Burbank», la reproduction sélective et artificielle de plantes et animaux est un procédé standard auquel ont recours bon nombre de fermiers, de scientifiques et d’amateurs. La reproduction sélective est une technique à longue échéance basée sur la manipulation indirecte du matériel génétique d’au moins deux organismes. Elle est à l’origine de plusieurs des récoltes qui nous sustentent ainsi que des bestiaux que nous élevons. Les plantes ornamentales et les animaux domestiques de notre invention sont déjà tellement répandus que nous ne nous rendons que rarement compte qu’un animal chéri ou une fleur offerte en gage d’affection résulte d’efforts techniques concertés. Les «Hybrid Teas», par exemple, sont typiques des roses que l’on retrouve chez le fleuriste, le modèle classique de la rose. La première «Hybrid Tea» fut La France, produite par Giullot en 1867. Par ailleurs un animal familier tel l’ara Catalina, avec sa poitrine orangée et ses ailes de bleu et de vert, n’existe pas non plus dans la nature. Les aviculteurs croisent l’ara bleu et or avec l’ara écarlate afin de créer ce bel animal hybride [9].
Tout cela ne saurait nous surprendre puisque les créatures hybrides inter-espèces peuplent notre imaginaire depuis des millénaires. Dans la mythologie grecque, par exemple, la chimère est une créature qui crache le feu, elle est représentée par un amalgame de parties provenant du lion, de la chèvre et du serpent. On retrouve des sculptures et des peintures de chimères provenant de diverses époques, de la Grèce antique, du Moyen âge et des mouvements d’Avant-garde moderne et ce dans des musées des quatre coins du monde. Toutefois, les chimères ne sont plus aujourd’hui que des créatures imaginaires; environ 20 ans après l’apparition du premier animal transgénique, elles sont créées de façon routinière dans les laboratoires et elles s’incorporent lentement dans le paysage génétique. Notons, parmi des exemples récents du domaine scientifique, des porcs qui produisent des protéines humaines [10], des plantes qui produisent des plastiques [11] et des chèvres aux gènes d’araignées, conçues pour produire un tissu résistant et biodégradable [12]. Alors que dans le langage populaire le mot chimère réfère à quelconque forme de vie imaginaire constituée de parties disparates, chimère, dans le langage de la biologie, est un terme technique pour des organismes réels constitués de cellules provenant de deux ou plusieurs génomes distincts. Une transformation culturelle profonde a lieu quand les chimères passent de la légende à la vie, de la représentation à la réalité.
Il faut distinguer croisement d’espèces et génie génétique. Les éleveurs manipulent indirectement les processus naturels de sélection et de mutation génétiques, tels qu’il se produisent dans la nature. Les éleveurs sont donc incapables d’engager ou de désengager avec précision les gênes, pas plus que de créer des hybrides avec du matériel génomique distinct, aussi distinct que celui d’un chien peut l’être de celui d’une méduse. En ce sens, un trait distinctif de l’art transgénique est que le matériel génétique est manipulé directement: l’ADN étranger est intégré avec précision dans le génome hôte. En plus du transfert du matériel génétique inhérent à un espèce vers un nouvel hôte, nous pouvons aussi parler de «gênes d’artiste», c’est-à-dire de gênes chimériques ou de nouvelles informations génétiques complètement créés par l’artiste au moyen des bases complémentaire A (adénine) et T (thymine) ou C (cytosine) et G (guanine). Ceci signifie que désormais les artistes peuvent non seulement combiner des gênes provenant de différentes espèces mais aussi écrire aisément une séquence d’ADN au moyen de leur logiciel de traitement de texte, l’envoyer par email à une entreprise commerciale de synthèse et recevoir par courrier postal dans la semaine suivante une éprouvette contenant des millions de molécules d’ADN de la séquence commandée.
Les gênes sont constitués de molécules d’acide désoxyribonucléique (ADN). L’ADN contient l’information génétique nécessaire à la reproduction cellulaire et à la synthèse des protéines. L’ADN indique à une autre substance (l’acide ribonucléique, ou ARN) comment synthétiser les protéines. L’ARN accomplit cette tâche en utilisant comme matière première les structures cellulaires appelées ribosomes (organites ayant pour fonction l’union des acides aminés, à partir desquels les protéines sont faites). Le programme d’instruction du gêne est écrit sur un composé d’ADN appelé polymérase. Le polymérase d’ADN utilise une seule chaîne d’ADN en tant que patron afin de réaliser une autre chaîne d’ADN. Les gênes ont deux éléments importants: l’élément structurel (qui encode selon la protéine donnée) et l’élément régulateur («commutateurs» qui indiquent au gêne que faire et quand le faire). Les constructions transgéniques, créées par des artistes ou des scientifiques, comportent aussi des éléments régularisateurs qui permettent au transgêne de se manifester. L’ADN étranger peut se manifester en tant que satellite ADN extra-chromosonique ou s’incorporer dans les chromosomes cellulaires. Chaque organisme vivant possède un code génétique manipulable, et l’ADN recombinant peut passer aux générations suivantes. L’artiste devient alors un programmateur génétique dans le sens littéral du terme, qui peut créer des formes de vie en inscrivant ou en modifiant ce code. Avec la création et la procréation de mammifères bioluminescents, et autres créatures, [13], la communication entre espèces modifiera profondément demain ce que nous considérons aujourd’hui comme étant de l’art interactif. Ces animaux doivent êtres aimés et soignés comme tout autre animal.
Les processus d’art transgénique doivent mener à des créatures saines, pouvant se développer normalement, comme n’importe quelle créature d’une espèce apparentée [14]. L’entreprise sérieuse et éthique de création inter-espèce mènera à la genèse de belles chimères et de fantastiques nouveaux systèmes vivants, tels les plantimaux (plantes dotés de matériel génétique animal, ou animaux dotés de matériel génétique végétal) et animains (animaux dotés de matériel génétique humain, ou humains dotés de matériel génétique animal).
Alors que le génie génétique continue son développement en sécurité dans le refuge du rationalisme scientifique, soutenu par le capital planétaire, il demeure malheureusement à l’écart des enjeux sociaux plus larges, des contextes historiques locaux et des débats sur l’éthique. L’octroi de brevets pour de nouveaux animaux créés en laboratoire [15] et pour des gênes de peuples étrangers [16] est un sujet particulièrement complexe - rendu plus grave dans le cas des humains par l’absence non seulement du consentement de la part du donneur, mais aussi de bénéfices compensatoires, ou par l’incompréhension des processus de l’appropriation, du brevet et du profit. Depuis 1980, l’Office des brevets et des marques de commerce américain a accordé plusieurs brevets transgéniques animaux, incluant des brevets pour des souris et lapins transgéniques. Le débat portant sur les brevets animaux s’est récemment élargi pour englober les brevets sur des «lignes» de cellules humaines et produits synthétiques (par exemple les «plasmides») incorporant des gênes humains. Le recours à la génétique dans le domaine de l’art favorise une réflexion sociale et éthique sur ces nouveaux développements. L’art génétique met en relief d’importantes questions connexes tels l’intégration domestique et sociale d’animaux transgéniques, l’arbitraire délimitation du concept de ce qui est «normal» au moyen du test, de l’amélioration et de la thérapie génétiques, la discrimination dans le domaine de l’assurance-santé basée sur les résultats de tests génétiques et, enfin, les graves dangers de l’eugénie.
Alors que nous tentons de nous orienter dans les débats actuels, il est clair que la transgénèse fera partie de notre futur. Il sera alors possible, par exemple, d’exploiter la luminescence de la protéine de la méduse dans les appareils de stockage optique d’information[17]. Les cultures transgéniques seront prédominantes, des organismes transgéniques peupleront la ferme et des animaux transgéniques feront partie de notre famille élargie. Pour le meilleur ou pour le pire, les légumes et animaux dont nous nous sustentons ne seront plus jamais les mêmes. Les fèves soja, les pommes de terre, le maïs, les courges, et le coton modifiés génétiquement ont été plantés et consommés sur une vaste échelle depuis 1995 [18]. Le développement de «planticorps», c’est-à-dire de gênes humains transplantés dans le maïs, le soja, le tabac et autres plantes pour produire des anticorps de qualité pharmaceutique, promet une abondance de protéines bon marché. Si la recherche et les stratégies de marketing placent souvent le profit au-dessus des considérations d’ordre sanitaire (on ne peut ignorer les risques que représentent la commercialisation de nourriture transgénique non identifiée et potentiellement malsaine) [20], la biotechnologie semble par ailleurs offrir de réelles promesses de guérison là où le traitement est encore difficile. Le porc en est un exemple saisissant, étant donnés les similitudes d’ordre physiologique qu’il a avec l’humain ainsi que le large consensus social entourant son élevage et abattage pour les besoins de l’industrie alimentaire (alors que ce n’est pas le cas en ce qui a trait aux primates non humains, par exemple). La médecine expérimente avec des porcs altérés génétiquement [voir 10] qui synthétisent des protéines humaines qui préviennent le rejet des tissus transplantés, ils sont aussi testés pour les greffes de cœurs et de foies (les foies de porcs non modifiés sont déjà utilisés comme organes de secours pour les patients en attente de donneurs humains), de greffes de cerveaux (les cellules neurales de fétus de porcs sont utilisées pour reconnecter le tissus nerveux chez les patients qui souffrent de la maladie de Parkinson), et pour soigner les diabétiques (par la transplantation de cellules bêta qui produisent de l’insuline) [21]. Nous serons demain les hôtes de gênes étrangers tout comme nous portons aujourd’hui des implants mécaniques et électroniques. En d’autres mots, nous serons transgéniques. Le fait que l’ingénierie génétique rend périmée le concept d’espèce basé sur la notion traditionnelle de reproduction [22] met en jeu l’idée de ce qu’est l’humain. Pourtant, ceci ne constitue pas une crise ontologique. Être humain signifiera que le génome humain n’est pas notre limite mais notre point de départ.
(traduction de Marc Boucher, juillet 2001)
RÉFÉRENCES
1 - Selon George Gessert, artiste qui hybride des plantes, Edward Steichen serait le premier artiste à proposer et à produire de l’art génétique. Steichenbien est par ailleurs connu en tant que photographe. Voir: Gessert, George: «Notes on Genetic Art», Leonardo, Vol.26, No. 3, 1993, p. 205. Steichen écrivait en 1949 que: «La science de l’hérédité, lorsque appliquée à la reproduction de plantes pour l’attrait de leur beauté, dans un but esthétique, est un acte créatif». Cité par: Gedrim, Ronald J.: «Edward Steichen’s 1936 Exhibition of Delphinium Blooms» in History of Photography Vol. 17, No. 4 (Winter 1993), p. 352-363
2 - Selon le World Wildlife Federation, les dix espèces les plus menacées sont: 1. Le rhinocéros noir; 2. Le grand panda; 3. Le tigre; 4. L’esturgeon Hausen; 5. Hydrastis canadiensis 6. La tortue Macrochelys temmincki (Alligator snapping turtle), 7. La tortue à écaille (Hawksbill), 8. L’acajou (Big Leaf Mahogany) 9. Le perroquet Green-Cheeked; 10. Le Mako ou requin taupe bleu.
3- Von Kreisler, Kristin: «The Compassion of Animals» (Rocklin, CA: Prima Publishing, 1997). Il s’agit d’une compilation de témoignages portant sur la sympathie, la gentillesse et la loyauté que les chiens et autres animaux démontrent envers des animaux qui ne sont pas de la même espèce qu’eux. Pour une discussion portant spécifiquement sur l’interaction entre humains et canins, voir: Serpell, James (dir.) «The Domestic Dog: Its Evolution, Behaviour, and Interactions With People», (Cambridge; New York: Cambridge University Press, 1996); et Wendt, Lloyd M.: «Dogs: A Historical Journey: The Human/Dog Connection Through the Centuries », (New York: Howell Book House, 1996).
4 - Chalfie, M., Tu, Y., Euskirchen, G., Ward, W. W. et Prasher, D. C. (1994): «Green fluorescent protein as a marker for gene expression»: Science, 263, p. 802-805; Inouye, S. et Tsuji, F.I. (1994) «Aequorea green fluorescent protein. Expression of the gene and fluorescence characteristics of the recombinant protein»: FEBS Letters, 341, p. 277-280.
5- Niedz, Randall P., Sussman, Michael R., Satterlee, John S. (1995): «Green fluorescent protein: an in vivo reporter of plant gene expression», Plant Cell Reports 14, p. 403-406; Amsterdam, A., Lin, S. et Hopkins, N. (1995): «The Aequorea victoria green fluorescent protein can be used as a reporter in live zebrafish embryos», Devel. Biol. 171, p. 123-129; Pines, J. (1995): «GFP in mammalian cells», Trends Genet. 11, p. 326-327; Holden, C. (1997): «Jellyfish light up mice», Science, 277 (4 July), p. 41; Ikawa, Masahito, Yamada, Shuichi, Nakanishi, Tomoko et Okabe, Masaru: «’Green mice ‘and their potential usage in biological research», FEBS Letters, Vol. 430, No. 1-2, 1998, p. 83; Cormack, B. P., Bertram, C., Egerbom, M., Gold, N. A., Falkow, S. et Brown, A. J. (1997): «Yeast-enhanced green fluorescent protein (yEGFP): a reporter of gene expression in Candida albicans», Microbiology 143, p. 303-311; Yeh, E., Gustafson, K. et Boulianne, G. L. (1995): «Green fluorescent protein as a vital marker and reporter of gene expression in Drosophila», Proc. Natl. Acad. Sci. USA 92, p. 7036-7040.
6 - Thorpe-Vargas, S., Coile, D. Caroline., et Cargill, J.: «Variety Spices Up The Canine Gene Pool», Dog World (May 1998), Vol. 83, No. 5, p. 27. Bien qu’il y ait une différence importante entre un chien cloné et un chien transgénique, notons que le «Missyplicity Project» vise à produire le premier chien cloné, à partir d’un chien appelé Missy (croisement de border collie et de husky). Un riche couple (M. et Mme. John Sperling) firent un don de 2,3 millions de dollars en août 1998 à l’Université A & M du Texas afin de permettre l’implémentation et la réalisation du projet dans un délai de deux ans. L’équipe du projet est composée des scientifiques Mark Westhusin, Duane Kraemer et Robert Burghardt. Pour plus d’informations sur le «Missyplicity Project», voir: http://www.missyplicity.com.
7 - Thurston, Mary Elizabeth: «The Lost History of the Canine Race: Our 15,000-Year Love Affair with Dogs» (Kansas City: Andrews &McMeel, 1996).
8 - Burbank, Luther: «The Harvest Of The Years», (Boston; New York: Houghton Mifflin, 1927); Dreyer, Peter. «A gardener touched with genius: the life of Luther Burbank», (Santa Rosa, Calif.: L. Burbank Home & Gardens, 1993).
9 - Les roses communes du vingtième siècle, telles les Hybrid Teas, Floribundas et Grandifloras, furent créées par le croisement des roses européennes et des roses des types China, Tea, européens, méditerranéens et autres durant les XVIIIe et XIXe siècles. Voir: Bennett, J. H. «Experiments in Plant Hybridisation» (London: Oliver and Boyd, 1965) et Beales, Peter. «Roses» (Collins-Harvill [HarperCollins], 1991). Lors d’un voyage en 1998 à l’île Sentosa, au Singapour, j’ai eu l’occasion d’interagir ludiquement avec un ara Catalina, qui se percha sur mon épaule puis sur mon avant-bras. J’ai pu apprécier son coloris distinctif, ainsi qu’observer et apprécier ses interactions avec d’autres aras et humains. Une description de l’ara Catalina peut être trouvée dans: Lantermann, Werner: «Encyclopedia of Macaws» (Neptune City, N. J.: T.F.H., 1995).
10 - Cozzi, E. et White, D. J. G.: «The generation of transgenic pigs as potential organ donors for humans», Nature, Med 1, 1995, pp. 964-966.
11 - Moore, Samuel K.: «Natural Synthetics: Genetically engineered plants produce cotton/polyester blends and nonallergenic rubber», Scientific American, February 1997, p. 36-37.
12 - Cohen, Phil.: «Spinning Steel: Goats and Spiders are working together to create a novel material», New Scientist, Vol. 160, N. 2155, 10 October 1998, p. 11.
13 - Brem, G. et Müller, M. «Large Transgenic Mammals», in Maclean, N. (org.) «Animals With Novel Genes» (New York: U. of Cambridge, 1994), pp. 179-244; Ikawa, M., Kominami, K., Yoshimura, Y., Tanaka, K., Nishimune, Y. et Okabe, M. (1995): «Green fluorescent protein as a marker in transgenic mice». Devel. Growth Differ. 37, p. 455-459; Youvan, D. C. (1995): «Green fluorescent pets», Science, 268 (April 14), p. 264. Pennisi, Elizabeth. «Transgenic Lambs From Cloning Lab», Science, Vol. 277, 1 august 1997, p. 631.
14 - Dyson, Anthony et Harris, John (dir) «Ethics and Biotechnology» (New York: Routledge, 1994); Van Zutphen, L. F. M. et Vann Der Meer, M. (dir): «Welfare Aspects of Transgenic Animals» (Berlin; New York: Springer Verlag, 1995).
15 - Schneider, Keith: «New Animal Forms Will Be Patented», New York Times (April 17, 1987); Alder, Reid G.: «Controlling the Applications of Biotechnology: A Critical Analysis of the Proposed Moratorium on Animal Patenting», Harvard Journal of Law and Technology, vol. 1 (1988); Andrews, Edmund L.: «U. S. Seeks Patent on Genetic Codes, Setting Off Furor», New York Times (October 21, 1991); A1, A12; Marshall, Eliot: «Companies Rush to Patent DNA», Science, Vol. 275, 7 February 1997, p. 780-781. Marshall, Eliot: «The Mouse That Prompted a Roar», Science, Vol. 277, 4 July 1997, p. 24-25.
16 - Penenber, Adam L.: «Gene Piracy», 21C-Scanning the Future, No. 2, 1996, p. 44-50.
17 - Diskson, Robert M. et al: «On/off blinking and switching behaviour of single molecules of green fluorescent protein», Nature, No. 388, p. 355-358 (1997), Letters to Nature. Pour un compte rendu (grand public) des utilisations potentielles de cette technologie, voir: Tatterson, Kathleen G.: «Jellyfish Genes Eyed for Optical Storage», Photonics spectra, September 97, http://www.laurin.com/Content/Sep97/techJellyfish.html.
18 - Brown, Kathryn S.: «With New Technology, Researchers Engineer A Plant For Every Purpose», The Scientist, Vol 9, No. 19, 2 October 1995, p. 14-15; Rissler, Jane et Mellon, Margaret: «The Ecological Risks of Engineered Crops» (Cambridge: MIT Press, 1996).
19 - Gibbs, W. Wayt: «Plantibodies: Human antibodies produced by field crops enter clinical trials», Scientific American, November 1997, p. 44.
20 - Tokar, Brian: «Monsanto: A Checkered History», in «The Monsanto Files», numéro spécial de The Ecologist, Vol. 28, No. 5, September/October 1998, pp. 254-261; Kimbrell, Andrew: «Why Biotechnology and High-Tech Agriculture Cannot Feed the World», in «The Monsanto Files» numéro spécial de The Ecologist, Vol. 28, No. 5, September/October 1998, p. 294-298.
21 - Makowka, L., Cramer, D.V., Hoffman, A., Breeda, M., Sher, L., Eiras-Hreha, G., Tuso, P.J., Yasunaga, C., Cosenza, C. A., Du Wu, G., Chapman, F. A. et Podesta, L.: «The use of a pig liver xenograft for temporary support of a patient with fulminant hepatic failure», Transplantation, No. 59, pp. 1654-1659 (1995); White, D. J. G., Langford, G. A., Cozzi, E., et Young, V. J.: «Production of pigs transgenic for human DAF: A strategy for xenotransplantation», Xenotransplantation, No. 2, p. 213-217, (1995); Cooper, D. K. C., Kemp, E., Platt, J. L. et White, D. J. G. (dir): «Xenotransplantation: the transplantation of organs and tissues between species», (Berlin; New York: Springer, 1997).
22 - La production de sperme de rat dans les testicules d’une souris (ce qui indique clairement que le sperme humain pourrait aussi être produit dans les testicules d’un rat), la division initiale d’une cellule humaine dans l’œuf d’une vache et la création d’un clone embryonnaire d’une femme adulte en Corée du Sud en constituent des cas exemplaires. Voir: Clouthier, David E. et al: «Rat spermatogenesis in mouse testis», Nature, No. 381, p. 418-421 (1996), Letters to Nature; Robl, J.m., Jerry, D.J., Stice, S., Cibelli, J.: «Response - Quiescence in Nuclear Transfer», Science, Vol. 281, No 5383, 1998, p. 1611; BBC Online: «S. Korean scientists claim human cloning success», December 16 1998, (http://www.news.bbc.co.uk).
Initialement publié dans Sciences et Avenir, Décembre 1999, pp. 66-67.
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Article 2
Transvision 2004 - Le corps «traditionnel» est obsolète, proclament les transhumanistes
ANTOINE ROBITAILLE
Édition du lundi 09 août 2004
Mots clés :
Toronto -- Un homme nu, en position horizontale, suspendu dans le ciel de Copenhague par une dizaine de crochets métalliques insérés dans la peau du dos, des fesses et des jambes, au bout de longs câbles reliés à une grue mécanique géante.
Ses images vidéo, à la fois délirantes et rebutantes, d'une «performance artistique contemporaine » défilent sur un grand écran, dans l'amphithéâtre McLeod de la faculté de médecine de l'Université de Toronto. Debout devant l'écran, sur la scène, se tient l'artiste australien Stelarc; c'est lui, dans la vidéo, qui se trouve suspendu. «Voilà : "le corps" [c'est ainsi qu'il parle de lui] trimbalé au dessus du Théâtre royal, tel un vulgaire sac de peau rempli d'os», explique-t-il, ponctuant sa phrase d'un rire guttural.
Stelarc est l'un des chefs de file du courant «post-humain» d'art contemporain, lancé dans les années 80 par Donna Harroway avec son Cyborg Manifesto. Chaque artiste de cette mouvance rivalise d'audace pour illustrer la prétendue obsolescence du corps traditionnel, devenu un auxiliaire du moi, un «accessoire» en voie d'être dépassé. Autre membre de ce mouvement: l'artiste française Orlan, célèbre entre autres choses pour ses opérations chirurgicales en direct et ses implants frontaux «pour ressembler à Mona Lisa».
Fakir post-moderne
Les quelque 200 participants de Transvision 2004 -- 6e congrès de ces militants du transhumanisme, qui se terminait hier; l'an prochain, il aura lieu à Caracas -- frémissent, mais semblent adhérer au spectacle de Stelarc, qui tient à la fois du fakir post-moderne et d'un Jackass sophistiqué, poussant la logique du piercing à son extrême limite. Dans la salle, plusieurs transhumanistes enthousiastes filment ou enregistrent l'exposé de Stelarc, lequel présentera en tout une dizaine «d'extraits» audiovisuels de «performances». De douloureuses «suspensions», comme celle de Copenhague, mais aussi des jeux de prothèses, dont la «greffe» symbolique d'un troisième bras doté d'une main mécanique autonome. Stelarc présente aussi des «exosquelettes» -- squelettes externes -- à l'allure d'araignées mécaniques géantes, au milieu desquelles «l'artiste» se tient; attirail qu'il actionne par les mouvements de son corps. Autant de «figures du prolongement du corps par les machines», interprète-t-il. Il expose aussi quelques projets en cours ou futurs, comme celui de se faire greffer une troisième oreille artificielle -- faite de matière organique -- sur le côté du visage, sinon sur un bras (voir photo). Il exprime sa frustration de ne pas trouver de médecin pour lui permettre d'accomplir son dessein artistique: «Les médecins font des expériences sur toutes sortes de personnes malades, mais pas sur des artistes consentants!» Stelarc présente enfin son avatar numérique qui répond à peu près
intelligemment à des questions de l'auditoire.
L'artiste est en quelque sorte le clou du congrès Transvision. La caution artistique de l'idéologie du transhumanisme. La salle avait été «chauffée» par une autre artiste, Natasha Vita-More, aussi présidente de l'Institut de l'Extropie, qui avait présenté des extraits d'interviews imaginaires avec des prototypes post-humains existant dans la littérature et la réalité: «Primo», un corps parfait de l'avenir, imaginé par elle; Ramona, un avatar vidéo du MIT; Asimo, le robot bipède de Honda; «Creature», un algorithme évoluant, Nano, un nanorobot. Et enfin l'agent Smith, de Matrix. Morale de la présentation : «depuis des temps immémoriaux, notre corps a été notre production artistique puisque nous l'avons habillé, décoré, marqué, percé, modifié à notre guise, et selon les modes. Dans ce siècle, nous poursuivrons dans la même veine en lui donnant encore plus de formes, de tailles, de goûts divers», affirme-t-elle. Bref, le post-humain futur «sera ce que nous voudrons bien imaginer».
Mais rassurons-nous: dans l'avenir radieux de ces technologies informatiques et nanotechnologiques qui permettront d'avoir un corps de la forme voulue, lequel au surplus ne vieillira plus, «il sera possible pour ceux qui le souhaitent de rester humain, au sens où on l'est maintenant». C'est Nick Bostrom qui l'affirme. Philosophe rattaché à l'Université Oxford en Angleterre, il est le jeune -- 31 ans -- fondateur de la World Transhumanist Association (WTA). Son approche, argue-t-il, est fondée sur le choix individuel : «Supposons que quelqu'un trouve qu'il est important de mourir pour donner un sens à la vie, sorte d'idée qu'on entend souvent, eh bien, rien ni personne n'empêchera celui-ci de ne pas utiliser les techniques anti-vieillissement», lance-t-il avec une ironie mal cachée.
Scénarios
La post-humanité, comment cela arrivera, exactement? Précisons que selon ses adeptes, il y aura d'abord une période de «transhumanité». Un moment transitoire, qui n'est pas sans parenté avec celle de la dictature du prolétariat chez les communistes. Car après elle, ce sera le «stade suprême».
Comment, alors? Les transhumanistes divergent et se disputent sur l'ordre d'apparition de chacune des possibilités suivantes, qui finiront par s'entremêler:
- La victoire contre le vieillissement grâce au génie biogénétique et à la nanotechnologie. Elle est annoncée par Aubrey de Grey (voir Le Devoir du 24 juillet), biologiste de Cambridge, qui a galvanisé la foule transhumaniste, samedi.
- «L'amplification cognitive», par l'entremise de substances sophistiquées -- bien plus précises que le Prozac -- agissant sur la composition biochimique du cerveau. Techniques entre autre annoncées par le neuroscientiste suédois Anders Sandberg: «Un jour on décryptera la formule biochimique du sentiment amoureux et on pourra se donner ce sentiment à volonté», dit-il;
- L'immortalité par «uploading», c'est-à-dire le téléchargement des informations se trouvant dans notre cerveaux;
- La «singularity»: moment particulier d'accélération exponentielle du progrès technique, qui pourrait arriver soudainement, et où une «forme de conscience» apparaîtrait dans la machine. Cette théorie, promue entre autres par Ray Kurzweil, du MIT, fait l'objet de discussions byzantines parmi les transhumamistes: quand, où, comment, la singularity se présentera?
Agir tout de suite
Certains, comme John Oh, un informaticien de Floride, participant à Transvision, s'intéressent profondément à ces scénarios futuristes, mais ont par ailleurs, dès maintenant, décidé de prendre les choses en main. Oh a commencé, il y a deux ans et demi, un programme de «restriction calorique», qui l'amène à manger radicalement moins pour vivre plus longtemps. «CR est la seule méthode anti-âge qui ait vraiment été démontrée scientifiquement», soutient-il. Anorexie volontaire? Non, car la composition des aliments est très surveillée. Oh, toutefois très maigre, explique qu'il s'agit au fond de «revenir à l'alimentation que l'évolution avait choisie pour nous», faite essentiellement de fruits et des légumes. C'est la façon dont nous mangions lorsque «nous étions des chasseurs-cueilleurs», soutient-il avant de préciser qu'il «faut faire attention pour ne pas commencer trop abruptement» lorsqu'on adopte ce «style de vie» tardivement, dans la trentaine, comme lui.
Autre moyen pour éviter la grande faucheuse: Michael La Torra a choisi la cryogénie (congélation en vue d'une réanimation) et porte donc le petit bracelet d'Alcor, une firme qui, moyennant beaucoup de dollars, s'engage à aller vous chercher sur les lieux de votre décès. Ensuite? Après des interventions diverses, «elle précipite votre corps dans l'azote liquide à -196 °C», dans un de ses entrepôts de l'Alabama, raconte, sans état d'âme, ce professeur d'anglais du Nouveau-Mexique. Il ne reste qu'à attendre la solution nanotechnologique qui vous ressuscitera, dit-il.
Dans le Hall de l'amphithéâtre McLeod, sous un buste d'Hippocrate, est gravée une des grandes phrases de ce père de la médecine: «La vie est courte, l'art est long.» La désignant, Natasha Vita-More s'exclame: «Mais plus pour longtemps!»
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